Taj Mahal : The Natch'l Blues (1968)
En 1968, pendant que tout le monde électrifie le blues, Taj Mahal le déshabille.
The Natch'l Blues arrive l'année où Cream et Hendrix saturent les amplis, et lui choisit l'inverse : la matière brute, le grain sec, l'os du genre sous la peau du rock naissant. Taj Mahal ne cherche pas la vitesse, il cherche la vérité, celle des champs de coton transposée dans un studio, sans afféterie. La guitare mord, sale et précise, jamais virtuose pour le plaisir. L'orgue traîne, poisseux, comme une chaleur du Sud.
Sa voix, rugueuse et patiente, raconte plutôt qu’elle ne chante. Ce disque a rappelé au rock blanc d’où il venait, sans jamais élever la voix pour le dire. Il ne casse rien, il rappelle, et c’est peut-être la rupture la plus difficile à pardonner. Aujourd’hui encore, il traverse les époques sans une ride, nu et entier.
Un blues qui ne crie pas. Il n’en a pas besoin, il sait déjà qu’il a raison.

