New York suffoque sous la chaleur de l'été 79 quand Talking Heads s'enferme dans un loft de Long Island Sound pour enregistrer directement sur bande, sans studio traditionnel. Brian Eno colle son oreille contre les machines, injecte des boucles, des textures africaines, une paranoïa électronique qui infuse chaque titre. David Byrne chante l'angoisse urbaine comme une liste de courses : l'air, l'eau, les animaux, les livres, tout devient menace.
"Cities" pulse comme un métro qui ne s'arrête jamais. "I Zimbra" fracture la pop avec des polyrythmies empruntées à Fela Kuti, la voix devient percussion, le sens s'efface derrière le son. C'est un disque nerveux, sec, jamais complaisant, la new wave qui refuse le confort du genre. Les guitares grattent plutôt qu'elles ne caressent. Chaque morceau semble craindre le silence qui pourrait suivre, alors il remplit chaque interstice de tension.
Un album qui transpire l'insomnie et l'appétit d'inventer.

