The Caretaker : An Empty Bliss Beyond This World (2011)
La mémoire ment. Ce disque le prouve.
En 2011, Leyland Kirby puise dans des 78 tours de bals des années 1930 et les fait rejouer par une conscience qui s'effondre. Chaque boucle grésille, se répète, se déforme, comme un souvenir qu'on rejoue trop de fois pour qu'il reste intact. An Empty Bliss Beyond This World naît d'un projet précis : sonder la démence, l'anosognosie, ces zones où la musique ancienne reste la dernière porte ouverte quand tout le reste s'éteint.
Le son est poisseux, voilé, comme entendu à travers une eau trouble. Des fragments de swing surgissent, magnifiques une seconde, puis se dissolvent dans le bruit de fond, le crépitement, le silence qui grignote. Rien n’est nostalgique ici, tout est fragile, suspendu, sur le point de disparaître.
On n’écoute pas cet album. On assiste à l’effacement de quelqu’un.

