L'Amérique brûle, le Vietnam saigne, et Los Angeles vit sous cloche psychédélique. Waiting for the Sun arrive après deux chefs-d'œuvre écrasants, et l'histoire a retenu l'échec avant la musique. Erreur de perspective. C'est ici que Morrison bascule du poète électrique au prophète fatigué, que Manzarek tisse des nappes d'orgue plus funèbres que jamais, que Densmore et Krieger creusent un groove lourd, presque martial.
“The Unknown Soldier” fracture l’album en plein centre, collage sonore, coups de feu, silence, et transforme la guerre lointaine en expérience physique, dans le salon, dans le corps. Le disque sue l’angoisse d’une génération qui sent que la fête psychédélique tourne au cauchemar. Rien n’y est lisse. Tout y vrille, sourdement, vers l’orage annoncé par le titre. Un album essentiel parce qu’il documente, en studio, l’instant précis où l’innocence pourrit.
Le soleil qu’on attendait ne s’est jamais levé, il a explosé.

