The Kinks : Face to Face (1966)
Les Beatles regardaient le monde. Les Kinks regardaient par-dessus la haie du voisin.
Pendant que tout le monde élargit les horizons psychédéliques, Ray Davies fait l'inverse : il rétrécit le cadre. Face to Face tourne son objectif vers la banlieue anglaise, ses rideaux fermés, ses snobismes de quartier, ses vacances ratées, ses petites cruautés polies. Personne n'avait encore osé que la pop parle de ça.
Musicalement, l’album est une mosaïque : music-hall, raga indien sur “Fancy”, clavecin baroque, vrais effets sonores, le bruit d’un téléphone, d’une vague, insérés entre les morceaux comme des respirations cinématographiques. C’est artisanal, presque domestique, et c’est précisément ce qui le rend radical. Le son est sec, anglais, sans emphase américaine.
Davies écrit avec une ironie tranchante mais jamais froide. Il observe ses personnages avec une tendresse amère, on rit, puis on se reconnaît.
Cet album a inventé une voie : celle du concept-album social, miniature et mordant. Sans lui, pas de Britpop, pas d’observation sociale en chanson.
L’Angleterre s’est vue dans un miroir, et n’a pas pu détourner les yeux.

