En 1965, les Stones n'ont pas encore inventé leur propre langue, ils pillent celle des autres avec une avidité crue. “The Rolling Stones No. 2” sort à Londres, “The Rolling Stones, Now!” débarque à New York quelques semaines plus tard : même groupe, pochette différente, sélection remaniée.
Le disque compte parce qu’il documente la mue, cinq gamins blancs de Dartford qui digèrent le blues de Chicago et le r&b noir américain jusqu’à en tirer une matière neuve, poisseuse, électrique. “Down Home Girl” traîne comme une nuit trop longue, cuivres sales et voix éraillée. “Time Is on My Side” impose déjà cette arrogance tranquille qui deviendra leur signature. Le son est brut, presque mono, saisi à l’arrachée, et c’est cette urgence-là qui vrille encore aujourd’hui. Ce n’est pas un disque de composition. C’est un disque de faim.
Avant d’écrire leurs propres chansons, les Stones ont d’abord appris à voler avec style.

