Tom Waits range ses monstres au placard et rouvre la boutique du cœur. Bad As Me condense quarante ans de casse automobile en treize morceaux qui mordent et caressent à parts égales. Marc Ribot lacère. Flea cisèle une basse élastique. Keith Richards traîne son gravier sur “Satisfied” comme on frotte une allumette sur du papier de verre.
Piano désaccordé, percussions de cuisine, voix qui crache le sable puis s’effondre en velours.
En 2011, le monde sort d’une crise. Waits chante ceux qu’elle a laissés sur le bas-côté : les amoureux cabossés, les derniers debout, les ivrognes lucides. Le disque sent le bourbon tiède et le métal froid. On y entre en vagabond, on en ressort réconcilié avec ses fêlures.
Treize morceaux. Pas un de trop.
Certaines voix s’usent. Celle-ci s’est tannée.

