Tom Waits : Mule Variations (1999)
Tom waits n'a pas vieilli. Il a fermenté.
Mule Variations sort en 1999, après sept ans de silence discographique. Le rock est ailleurs, Napster arrive, le grunge se dissout, la pop se numérise. Waits, lui, enregistre dans une grange en Californie avec sa femme Kathleen Brennan et construit quelque chose qui semble ne pas appartenir à son époque parce qu'il appartient à toutes.
Ce disque est un delta. Tout y conflue, blues du Mississippi, avant-garde bruitiste, ballades de cabaret miteux, field recordings, percussions faites d’objets trouvés. Waits frappe sur des tuyaux, grince, murmure, hurle. Sa voix est un instrument de chantier : rouillée, lourde, capable d’une tendresse brutale que personne d’autre ne sait fabriquer.
Les ballades lacèrent précisément parce qu’elles sont nues. Les morceaux électriques vrillent parce qu’ils refusent toute propreté. L’album entier respire comme quelque chose de vivant et d’irrégulier, un organisme, pas une production.
Kathleen Brennan co-écrit tout. C’est un disque de couple qui parle du monde comme si le monde était une chambre obscure.
La boue n’a jamais sonné aussi humaine.

